Découverte du Pérou et d'une très belle ONG locale

Un pays connu pour ses couleurs
Un pays connu pour ses couleurs

Inutile de prétendre le contraire, comme vous avez pu le constater la Bolivie fut un véritable coup de coeur et il n'a pas été facile de passer la frontière alors que tant de lieux restaient à découvrir. Cependant cette étape du voyage était programmée pour faire la plus belle transition possible vers une destination majeure d'Amérique du Sud, le Pérou. 

Si le nom de ce pays évoque tout de suite le Machu Picchu, les Incas, les grands condors des Andes ou encore la flûte de Pan, le pays peuplé de 31 millions d'habitants est depuis peu en pein développement. Son économie est parmi les plus performantes d'Amérique Latine, et bien que de nombreux progrès restent à faire, les secteurs de la santé, de l'éducation ou encore les transports sont en net progrès. Le Pérou se démarque aussi par une faune et une flore incroyables, et se caractérise notamment par une mégadiversité biologique (comme seulement 17 pays au monde) et possède près de 8000 espèces endémiques. Avec une partie montagneuse du côté des Andes, une côte propice au surf, un désert et la jungle amazonienne, le Pérou est un pays d'extrêmes et de contrastes et c'est dans ce contexte que nous souhaitions visiter une école afin de mieux comprendre quelle est la vie quotidienne dans un pays longtemps très pauvre aujourd'hui en plein boum. 

Le mont Misti, à seulement 12km de Arequipa
Le mont Misti, à seulement 12km de Arequipa

L'école que nous avons visité se trouve à Arequipa. C'est la deuxième plus grande ville du pays après la capitale Lima, située à 2335m d'altitude, elle est connue dans le pays car située juste au pied du mystique et mythique volcan Misti au coeur des Andes. Arequipa est une ville vraiment très agréable où nous avons adoré flâner dans les rues coloniales. "La cité blanche" comme on l'appelle compte de très nombreux monuments, tous splendides, et encore aujourd'hui dégage une certaine richesse et prospérité. En son centre les boutiques y sont branchées, les rues impeccablement nettoyées, les maisons grandes et la sécurité constante. 

Pourtant à seulement 40mn de bus du centre-ville, de nombreux "barrios" se sont développés au fil du temps et la situation y est clairement différente... C'est dans le barrio de Flora Tristan que nous sommes allés durant une semaine grâce à l'ONG HOOP, qui avec son école d'anglais présente sur place depuis 5 ans a su créer une véritable communauté dans laquelle nous avons été invités. 

 

Si vous souhaitez en apprendre un peu plus sur l'ONG Hoop et son histoire, vous pouvez aller dans l'onglet "Les écoles" ou simplement cliquer ici. Cependant pour ne pas vous perdre, on peut résumer en disant que HOOP est une ONG péruvienne fondée en 2002 par un groupe de professeurs locaux et des bénévoles taïwanais et ayant pour but de dispenser des cours d'Anglais aux enfants de la communauté. Il faut comprendre qu'au Pérou le système éducatif est assez complexe car divisé en 5 niveaux. Les enfants ont peu d'heures de classe puisque seulement 4 à 5 par jour et sont énormément sollicités par leur famille quand celles-ci ont peu de moyens, le travail infantile étant légal dès l'âge de 10 ans. De plus, un concours d'entrée est obligatoire pour étudier à l'université, notamment un niveau d'anglais plutôt élevé y est demandé, un paradoxe quand on sait que l'école publique dispense très peu d'heures de cours en langues étrangères et que le programme d'anglais est le même pour plusieurs niveaux, les élèves étudiant donc les mêmes choses année après année.

Après une première rencontre avec Hoop au sein de leur siège à Arequipa, nous avons eu la chance de pouvoir accompagner les bénévoles à l'école de Flora Tristan durant une semaine. Comme à notre habitude, nous avons dédié la première journée à l'observation, et il a suffit de quelques minutes en bus avec les volontaires pour que nous ayons déjà de quoi réfléchir. La première chose qui frappe, c'est la différence entre ce centre-ville immaculé et les barrios populaires autour. Après seulement une quinzaine de minutes de route, le changement est flagrant: les maisons ne sont pas terminées (car cela permet de payer moins de taxes), les chiens errants sont nombreux, les déchets se promènent et les habits sont bien plus traditionnels, mais nous avons enfin l'impression d'être dans un Pérou authentique et plus du tout touristique. C'est dans ce contexte et après 45mn de bus puis 5mn de marche que nous arrivons à l'école, dans un décor magnifique avec 3 volcans pour gardiens. 

 

Une salle de classe
Une salle de classe

Durant notre observation, nous sommes passés de classe en classe (il y a 7 classes différentes pour environ une centaine d'élèves allant de 3 à 17 ans) afin de mieux appréhender la façon de travailler des différents bénévoles. Ces derniers viennent du monde entier (Australie, Angleterre, Etats-Unis, France, Japon, etc....) et s'engagent auprès de l'association pour une période de 6 mois en moyenne. Certains sont en formation pour devenir professeurs, d'autres officient dans un secteur différent, mais tous bénéficient d'une formation complète puis d'un suivi important et sont volontaires avant tout pour une cause, celle des enfants. Avec 1h d'anglais par jour puis 1h d'ateliers dédiés (aide aux devoirs, sport,... cela dépend du jour), c'est une grande aide pour ces enfants et un soutien important pour les familles, cela permet aux enfants d'être encadrés ,de s'amuser mais aussi d'apprendre auprès de personnes compétentes (tous les bénévoles sont évidemment bilingues anglais). Durant la semaine, nous avons pu réaliser à quel point les enfants aiment venir chez Hoop, mais aussi les mères. Car depuis environ 3 ans, l'ONG a développé un programme pour les mères des enfants visant à les aider en leur donnant des cours de rattrapage car beaucoup ne savent toujours pas écrire, un soutien psychologique et social, mais aussi en les aidant dans leur émancipation, la plupart d'elles ayant subi un viol au moins une fois dans leur vie dans un pays machiste où la violence conjugale est courante et où la voix de la femme compte peu et ce surtout dans les quartiers pauvres.

L'ONG compte aujourd'hui des psychologues et assistantes sociales, et le soutien aux mères est devenu un combat aussi important que l'éducation des enfants pour l'association. L'impact de leur aide fut immédiat et les progrès sont incroyables, tant pour les quelques 40 mères participant au programme que pour les enfants. En aidant les familles et non seulement les enfants, l'association fait un travail sur toute la communauté et commence doucement à changer les choses à Flora Tristan. De plus, chaque personne doit s'impliquer dans la vie de l'école, par exemple les mères font des rotations pour nettoyer les salles de classe car cela coûterait trop cher d'engager une personne pour l'ONG, et cela renforce les liens ente les personnes et aide à responsabiliser mères et enfants.

Les mères participent activement à la vie de l'école
Les mères participent activement à la vie de l'école

 Durant cette semaine, nous avons pu également faire plusieurs ateliers avec les enfants, dont une lecture du fameux chapitre 21 du Petit Prince qui nous tient tant à coeur et dont nous avions un exemplaire en espagnol. Nous avons également fait une présentation de notre voyage et de certaines écoles que nous avons visité, et encore une fois ce fut un superbe moment à cause des réactions des enfants toujours très ébahis de découvrir le quotidien ailleurs dans le monde, certains d'entre eux se sont montrés particulièrement curieux !

Les enfants de ce quartier vivent dans une grande pauvreté, beaucoup n'ont toujours pas l'eau courant ou l'électricité dans leurs foyers, et pourtant comme toujours dans les pays plus défavorisés que nous avons visité, leur joie de vivre, leurs sourires mais aussi leurs espoirs et volonté de s'en sortir sont intacts et tous sont très motivés et enthousiastes. Ce fut donc un plaisir pour nous de partager un peu de quotidien avec ces élèves  au sein d'une association qui essaie tant bien que mal de combler les lacunes de l'enseignement public.

 

 

Evidemment tout n'est pas rose et de nombreux progrès restent à faire. Le travail infantile reste très important au Pérou et les familles du quartier étant très pauvres, beaucoup comptent sur les revenus ramenés par leurs enfants, quitte parfois à les déscolariser. L'école est aussi limitée dans le nombre d'enfants qu'elle peut recevoir à cause de sa capacité mais aussi des fonds nécessaires, et si la centaine d'enfants de Hoop est favorisée, de nombreux autres enfants de Flora Tristan et des autres barrios d'Arequipa aimeraient aussi pouvoir bénéficier des cours de l'ONG. Quand au travail avec les mères, il commence tout doucement à porter ses fruits mais il n'est pas évident de changer les mentalités dans un pays de traditions et le projet n'est pas toujours bien vu, surtout par les hommes. 

Mais Hoop grâce à son soutien aux enfants et aux mères a su créer une véritable communauté dans le quartier qui porte son projet et qui lui est fidèle. Aujourd'hui propriétaire d'un terrain à quelques mètres du bâtiment qu'elle loue actuellement, l'école cherche des fonds pour commencer la construction de son propre établissement scolaire, qui pourrait accueillir plus d'élèves et même proposer une maternelle gratuite le matin. De beaux projets et un avenir certain pour cette ONG à l'organisation irréprochable et dans laquelle nous avons rencontrées des personnes attachantes, compétentes et désirant simplement un Pérou meilleur.

Merci à Hoop pour leur accueil et leur bonne humeur, mais surtout de nous avoir permis de découvrir un Pérou loin des guides Lonely Planet et plus près du quotidien et de sa population.

Romain et Olivia